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Décennale

Malfaçons après travaux : le guide complet des recours

Fissure, infiltration, carrelage qui sonne creux : face à une malfaçon, le bon recours dépend du moment où elle apparaît et de sa gravité. Constat, responsables, garanties, assurances, juge : le guide complet.

Par ICEA, courtier depuis 200812 min de lecture

L'essentiel

Face à une malfaçon, le recours dépend de deux choses : la date d'apparition du défaut par rapport à la réception, et sa gravité. Avant la réception, c'est la responsabilité contractuelle de l'entreprise. Ensuite viennent la garantie de parfait achèvement (un an), la garantie de bon fonctionnement (deux ans au moins) et la garantie décennale (dix ans). Dans tous les cas : faites constater le défaut, écrivez à l'entreprise, mettez-la en demeure, puis activez l'assurance ou le juge.

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Malfaçons après travaux : le guide complet des recours

Face à une malfaçon après travaux, votre recours dépend de deux critères : le moment où le défaut apparaît par rapport à la réception, et sa gravité. Un même carrelage décollé ne se traite pas de la même façon trois mois ou cinq ans après la fin du chantier. Ce guide vous donne la méthode complète : faire constater, identifier le responsable, choisir la bonne garantie, puis agir dans le bon ordre et dans les délais.

Qu'est-ce qu'une malfaçon ?

Une malfaçon est un défaut d'exécution des travaux. L'ouvrage n'est pas conforme à ce qui était prévu au contrat, ou pas réalisé selon les règles de l'art. Quelques exemples courants :

  • une douche à l'italienne dont la pente est inversée et qui laisse stagner l'eau ;
  • un carrelage qui sonne creux ou se décolle ;
  • un enduit de façade qui fissure en quelques mois ;
  • une charpente sous-dimensionnée qui fait fléchir la toiture ;
  • un tableau électrique non conforme ;
  • une isolation posée avec des ponts thermiques importants.

Toutes les malfaçons ne se valent pas. Certaines sont esthétiques : une teinte de peinture irrégulière, un joint mal fini. D'autres sont graves : elles menacent la solidité du bâtiment ou empêchent de l'utiliser normalement. Cette distinction détermine la garantie applicable, et donc le délai dont vous disposez.

Que faire en cas de malfaçon : la méthode en six étapes

Quelle que soit la nature du défaut, le chemin est le même. Seuls le fondement juridique et les délais changent.

  1. Documenter le défaut : photos datées, vidéos, relevés, témoins.
  2. Informer l'entreprise par écrit en décrivant précisément le problème.
  3. Mettre en demeure l'entreprise par lettre recommandée avec avis de réception, en fixant un délai.
  4. Déclarer le sinistre à votre assureur dommages-ouvrage si le dommage est grave.
  5. Chercher un accord : médiation de la consommation, conciliateur de justice, expertise amiable.
  6. Saisir le juge si rien n'aboutit, en commençant souvent par une demande d'expertise.

Comment faire constater une malfaçon ?

Le constat est la base de tout. Sans preuve, la discussion tourne vite au « parole contre parole ».

Les preuves que vous pouvez réunir seul

Photographiez le défaut sous plusieurs angles, avec un repère de taille (un mètre ruban, une pièce). Datez vos photos. Pour une fissure, tracez au crayon ses extrémités et notez la date : vous verrez si elle évolue. Gardez le devis signé, les factures, les échanges de messages et le procès-verbal de réception.

Le constat de commissaire de justice

Le commissaire de justice (anciennement huissier) décrit objectivement l'état des lieux dans un procès-verbal. Ce document a une force probante importante devant le juge. Il ne dit pas qui est responsable ni comment réparer : il fige une situation à une date donnée.

L'expertise amiable

Un expert du bâtiment examine le désordre, en recherche la cause et chiffre les reprises. Pour qu'elle pèse dans un litige, invitez l'entreprise à y participer : on parle d'expertise contradictoire. Si vous avez une protection juridique, vérifiez si elle prend en charge un expert. En cas de sinistre déclaré à la dommages-ouvrage, c'est l'assureur qui mandate l'expert.

L'expertise judiciaire

Si l'entreprise conteste ou ne répond pas, vous pouvez demander au juge des référés d'ordonner une expertise avant tout procès. L'article 145 du Code de procédure civile le permet dès lors qu'il existe un motif légitime d'établir la preuve de faits utiles à un futur litige. L'expert désigné par le juge convoque toutes les parties. Son rapport sert ensuite de base à la négociation ou au jugement.

Quelle garantie selon le moment où la malfaçon apparaît ?

C'est le cœur du sujet. Le point de repère est la réception des travaux, l'acte par lequel vous acceptez l'ouvrage, avec ou sans réserves.

MomentType de défautFondementDélai pour agir
Avant la réceptionTout défautResponsabilité contractuelle (art. 1231-1 C. civ.)Selon le droit commun
À la réceptionDéfauts visiblesRéserves au PV, puis parfait achèvementUn an
Première annéeTout désordre signaléGarantie de parfait achèvement (art. 1792-6)Un an après la réception
Deux ans au moinsÉquipements dissociables qui ne fonctionnent pasGarantie de bon fonctionnement (art. 1792-3)Deux ans au moins après la réception
Dix ansSolidité compromise, ouvrage impropre à sa destinationGarantie décennale (art. 1792)Dix ans après la réception
Dix ansDéfauts moins graves, hors garanties légalesResponsabilité contractuelle pour fauteDix ans après la réception (art. 1792-4-3)

Avant la réception : la responsabilité contractuelle

Pendant le chantier, l'entreprise est tenue d'exécuter ce que prévoit le contrat. Si elle ne le fait pas, elle engage sa responsabilité contractuelle (article 1231-1 du Code civil). Vous pouvez exiger la reprise, refuser de réceptionner un ouvrage qui n'est pas en état d'être reçu, et, après mise en demeure, faire exécuter les travaux par un tiers à ses frais (article 1222).

En cas de malfaçons graves, mieux vaut refuser la réception que de signer un procès-verbal couvert de réserves. La réception déclenche les garanties et transfère la garde de l'ouvrage : ce n'est pas une formalité.

La première année : la garantie de parfait achèvement

Pendant un an après la réception, l'entreprise doit reprendre tous les désordres que vous lui signalez, quelle que soit leur gravité : ceux notés en réserve au procès-verbal et ceux apparus ensuite, notifiés par écrit. C'est la garantie la plus large, mais la plus courte. Elle ne couvre pas l'usure normale ni les dégâts liés à l'usage. Détails sur notre page garantie de parfait achèvement.

Deux ans au moins : la garantie de bon fonctionnement

Elle vise les éléments d'équipement dissociables, ceux qu'on peut retirer sans abîmer le bâti : un ballon d'eau chaude, une hotte, des volets roulants, un radiateur posé. Leur durée minimale est de deux ans à compter de la réception.

Dix ans : la garantie décennale

La garantie décennale couvre les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, ainsi que ceux qui touchent la solidité des équipements indissociables. Une fissure traversante dans un mur porteur, une infiltration qui rend une chambre inhabitable, un plancher qui s'affaisse. L'entreprise est responsable de plein droit : vous n'avez pas à prouver sa faute, seulement le dommage et son lien avec ses travaux. Pour savoir où passe la frontière, lisez quand une fissure ou une infiltration devient décennale.

Les défauts « entre deux »

Certains défauts ne sont ni assez graves pour la décennale, ni couverts par les autres garanties : un carrelage mal posé découvert après la première année, sans gravité pour l'usage. La jurisprudence admet alors, en principe, une action en responsabilité contractuelle pour faute prouvée, dans les dix ans qui suivent la réception.

Qui est responsable des travaux en cas de malfaçon ?

Votre interlocuteur est d'abord l'entreprise avec laquelle vous avez signé. Mais d'autres intervenants peuvent être concernés.

IntervenantSa responsabilité envers vous
Entreprise titulaire du devisResponsable de l'ensemble de ses travaux, y compris ceux qu'elle sous-traite
Sous-traitantPas de lien contractuel avec vous : vous agissez contre l'entreprise principale
Architecte ou maître d'œuvreResponsable de sa mission (conception, suivi du chantier) et réputé constructeur
Constructeur de maison individuelleResponsable de l'ensemble de la construction
Vendeur qui a fait construireRéputé constructeur s'il vend le bien après achèvement (art. 1792-1)
Fabricant de certains élémentsPeut être tenu solidairement dans des cas limités (art. 1792-4)

Quand plusieurs entreprises sont intervenues, l'expertise sert justement à répartir les responsabilités. Pour les dommages de nature décennale, chacune doit être assurée : leurs assureurs de responsabilité décennale prennent en charge la réparation dans les limites de leur contrat.

Le rôle de la dommages-ouvrage

Si vous avez souscrit une assurance dommages-ouvrage, vous n'avez pas à attendre que les responsabilités soient tranchées. Votre assureur préfinance la réparation des dommages de nature décennale, puis se retourne contre les constructeurs et leurs assureurs. L'article L242-1 du Code des assurances lui impose des délais stricts : il doit prendre position sur la garantie dans les soixante jours de votre déclaration, puis présenter une offre d'indemnité dans les quatre-vingt-dix jours.

Pendant l'année de parfait achèvement, la dommages-ouvrage intervient aussi pour un dommage grave si l'entreprise, mise en demeure, n'a pas réparé.

Quel recours contre un artisan sans décennale ?

C'est une situation fréquente et pénible. Trois points à connaître.

L'artisan reste responsable. La responsabilité décennale pèse sur lui, assuré ou non. L'assurance ne fait que garantir qu'il pourra payer. Sans assurance, vous agissez contre l'entreprise elle-même, et, selon sa forme juridique, éventuellement contre le patrimoine professionnel de l'entrepreneur. Le résultat dépend de sa solvabilité.

La dommages-ouvrage vous protège. Si vous l'avez souscrite, votre assureur prend en charge les dommages de nature décennale même si l'entreprise n'était pas assurée. C'est précisément son intérêt.

Le défaut d'assurance est un délit. L'article L243-3 du Code des assurances punit le constructeur qui ne s'est pas assuré alors qu'il y était tenu. Cette sanction ne répare pas votre dommage, mais elle pèse dans le rapport de force.

Si l'entreprise a disparu, notre article sur l'entreprise qui a déposé le bilan détaille les recours possibles. Et pour éviter le problème au prochain chantier : vérifiez l'attestation décennale avant de signer le devis.

Peut-on porter plainte pour malfaçon ?

En règle générale, non. Une malfaçon est une mauvaise exécution d'un contrat : c'est un litige civil. Une plainte pénale ne vous fera pas indemniser et ne fera pas revenir l'artisan.

La voie pénale se justifie seulement si une infraction est en cause, par exemple :

  • l'absence d'assurance décennale alors qu'elle était obligatoire ;
  • une escroquerie (faux devis, faux justificatifs, encaissement d'acomptes sans intention de travailler) ;
  • un abus de faiblesse envers une personne vulnérable ;
  • du travail dissimulé.

Même dans ces cas, gardez en parallèle la voie civile pour obtenir réparation.

Malfaçon ou vice caché : ne pas se tromper de fondement

Les deux notions sont souvent confondues.

  • La malfaçon concerne un contrat de travaux : vous avez commandé des travaux à une entreprise et ils sont mal réalisés. Vous agissez contre l'entreprise, sur le fondement des garanties des constructeurs ou de sa responsabilité contractuelle.
  • Le vice caché concerne une vente : vous avez acheté un bien qui présente un défaut grave, non apparent lors de l'achat. Vous agissez contre le vendeur, dans les deux ans de la découverte du vice (articles 1641 et 1648 du Code civil).

Les deux peuvent se croiser. Si vous achetez une maison que le vendeur a fait construire ou rénover lourdement il y a moins de dix ans, il est réputé constructeur : la garantie décennale peut alors jouer contre lui. Une clause de l'acte de vente qui écarte la garantie des vices cachés ne fait en principe pas obstacle à cette responsabilité de constructeur.

Cas fréquents : salle de bain, rénovation, copropriété

Salle de bain

C'est la pièce la plus exposée aux litiges. Une fuite sous un receveur ou une étanchéité absente sous une douche à l'italienne peut provoquer des infiltrations dans le plancher ou chez le voisin du dessous. Si la pièce devient inutilisable ou si la structure est atteinte, le dommage peut être de nature décennale. Un simple joint de silicone mal posé relève plutôt du parfait achèvement.

Rénovation

Les travaux sur un bâtiment existant posent deux questions : les nouveaux travaux sont-ils de nature à engager la décennale, et ont-ils endommagé l'existant ? Une isolation par l'extérieur ou une reprise de toiture relève généralement de la décennale. Une peinture intérieure, en principe non.

Copropriété

Pour une malfaçon dans les parties communes, c'est le syndicat des copropriétaires, représenté par le syndic, qui agit contre les entreprises. Un copropriétaire peut agir seul s'il subit un préjudice personnel dans ses parties privatives.

Les recours amiables avant le juge

Une procédure judiciaire prend du temps. Avant d'y aller, plusieurs voies existent.

  • La médiation de la consommation : gratuite pour le particulier, elle suppose une réclamation écrite préalable à l'entreprise. Le médiateur est celui que l'entreprise a désigné.
  • Le conciliateur de justice : gratuit, il aide les parties à trouver un accord. Pour certains litiges portant sur de petites sommes, une tentative de règlement amiable est d'ailleurs exigée avant de saisir le juge.
  • La protection juridique : si votre contrat habitation ou un contrat dédié l'inclut, elle peut prendre en charge un expert, un avocat ou des frais de procédure.

Si l'accord échoue, le tribunal judiciaire est compétent. La première étape est souvent un référé-expertise. Faites-vous accompagner par un avocat pour les dossiers importants.

En résumé

  • Le recours dépend de la date d'apparition du défaut et de sa gravité.
  • Réunissez des preuves avant toute réparation.
  • Écrivez, puis mettez en demeure : c'est la porte d'entrée de tous les recours.
  • La garantie décennale couvre les dommages graves pendant dix ans, sans preuve de faute.
  • La dommages-ouvrage accélère la réparation des dommages graves.
  • Un artisan sans assurance reste responsable, mais votre indemnisation dépend alors de sa solvabilité.

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Questions fréquentes

Comment faire constater une malfaçon de travaux ?

Commencez par des photos datées et un courrier à l'entreprise décrivant le défaut. Pour une preuve plus solide, faites dresser un constat par un commissaire de justice ou organisez une expertise amiable contradictoire. En cas de litige sérieux, le juge peut ordonner une expertise judiciaire avant tout procès (article 145 du Code de procédure civile).

Qui est responsable des travaux en cas de malfaçon ?

L'entreprise avec laquelle vous avez signé le devis ou le contrat, même si elle a fait appel à un sous-traitant. Selon les cas, l'architecte ou le maître d'œuvre peut aussi être responsable, de même que le vendeur qui a fait construire le bien. Leurs assureurs de responsabilité décennale interviennent pour les dommages graves.

Quel recours contre un artisan sans décennale ?

L'artisan reste personnellement responsable des dommages, assuré ou non. Vous pouvez donc agir contre lui, mais vous dépendez de sa solvabilité. Si vous avez souscrit une dommages-ouvrage, votre assureur préfinance les réparations des dommages de nature décennale. Travailler sans assurance décennale obligatoire est en outre un délit puni par le Code des assurances.

Peut-on porter plainte pour malfaçon ?

Une malfaçon relève en principe du juge civil, pas du juge pénal : la plainte ne vous fera pas réparer. Une plainte n'a de sens que si une infraction est en cause, par exemple un défaut d'assurance décennale obligatoire, une escroquerie ou un abus de faiblesse. Pour obtenir réparation, il faut agir au civil.

Malfaçon ou vice caché : quelle différence ?

La malfaçon est un défaut d'exécution imputable à l'entreprise qui a fait les travaux. Le vice caché concerne une vente : c'est un défaut non apparent qui rend le bien vendu impropre à l'usage, invoqué contre le vendeur. Si le vendeur a lui-même fait construire le bien moins de dix ans avant la vente, il est aussi tenu comme un constructeur.

Sources

Publié le 29 octobre 2026 par ICEA Assurances, courtier en assurance construction depuis 2008.

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